Retour vers le futur: Joseph Blatter fête mardi ses 79 ans, dont quarante à la Fifa, avec toutes ses chances aux élections de mai pour un 5e mandat de président depuis 1998,
en dépit des crises à répétition qui secouent l'instance.
Vous avez dit longévité ? "Sepp" est entré à la Fifa en 1975, deux ans avant la naissance de David Trezeguet, et y est toujours, au sommet qui plus est, alors que "Trezegol" vient de raccrocher les crampons !
Le Suisse aime souvent se présenter comme commandant d'un navire. Ce natif du canton du Valais, dans les Alpes, "un peu prématuré, à l'âge de sept mois", selon ses confidences, a, il est vrai survécu à toutes les tempêtes.
Et les dernières en date -- les suspicions autour de l?attribution du Mondial-2022 au Qatar, le fameux rapport d'enquête Garcia, du nom de son auteur qui a démissionné de la Fifa -- ne semblent pas devoir l'ébranler.
Comment expliquer sa résistance aux épreuves et accusations en tout genre ? Existe-t-il un système Blatter comme se plaît à le dénoncer la presse britannique ? "Il a une capacité à rendre les gens dépendants ou redevables mais pas dans le sens où ces gens le regrettent, expose une source proche interrogée par l'AFP. Ces gens savent ce qu'ils ont avec Blatter, ils ne savent pas ce qu?ils auront avec un autre".
"Il est futé et il n'est pas corrompu", assure par ailleurs un de ses détracteurs, beau joueur, sondé par l'AFP.
- Comme s'il avait toujours été là -
Blatter donne l'impression de toujours avoir été à la Fifa, présent presque à chaque page de l'album de photos de l'institution. On le voit dans les années 1980, un peu en retrait, dans la peau du numéro 2 (nommé secrétaire général en 1981), accompagnant son boss Joao Havelange, reçu à la Maison Blanche par un Ronald Reagan qui tient un ballon.
Quelques années plus tard, devenu président (en 1998), c'est avec une toute autre assurance que le Valaisan serre la main de Kofi Annan, dans le bureau new-yorkais du secrétaire général des Nations Unies.
Aujourd'hui, les cheveux, plus rares, ont évidemment blanchi, les rides se sont creusées, il lui faut des lunettes pour lire ses discours, mais le même sourire conquérant, carnassier disent ses opposants, barre son visage. Comment est-il devenu l'égal des grands de ce monde ?
Ancien modeste joueur amateur, passé dans l?encadrement du club de Neuchâtel Xamax, dont il reste le président d'honneur, ce polyglotte touche-à-tout a fait des piges dans la presse pour financer ses études de commerce, a oeuvré dans le tourisme ou encore dans le hockey. Puis il a travaillé chez Swiss Timing (Longines) et c'est de là, grâce à ses relations professionnelles, qu'il est entré en 1975 à la Fifa comme directeur des programmes de développement.
- Tornades médiatiques -
A l?époque où il y accède, la Fédération internationale ne compte qu'une dizaine d'employés et loge dans un petit immeuble de Zurich. La légende veut même qu?une fois, Blatter soit allé emprunter de l?argent à une banque pour payer leurs salaires... L'an dernier, la Fifa annonçait disposer de 1,432 milliards de dollars en caisse...
Le courant passe rapidement avec Havelange, et Blatter, décrit par tous comme un énorme travailleur, pousse la Fifa à se moderniser, à se médiatiser, abordant très vite le virage de la mondialisation. Le développement du foot en Asie lui doit beaucoup, de même que la première Coupe du monde organisée en Afrique (du Sud, en 2010). Il gardera de ces années-là des relais puissants qui continuent à le soutenir et lui permettent de faire face aux critiques venues d'Europe.
Des tornades médiatiques, l'homme à la vie privée discrète (marié trois fois, père d'une fille, Corinne) en a connu. Comme quand il avait lâché qu'il n'y avait pas de racisme dans le foot et qu'il suffisait de se "serrer la main" à la fin d'un match. Une bourde. Ou encore quand il avait imité dans une posture militaire Cristiano Ronaldo, scène filmée devant les étudiants d'Oxford, qui le contraindra à des excuses.
En se penchant sur sa longue carrière, certaines archives télé font aujourd'hui sourire, comme quand le candidat à la présidence de la Fifa Blatter disait en 1998 que son atout était sa "jeunesse"..


