Ce premier tour 2015 a été complètement fou avec, en prime, le deuxième plus long match de l’histoire entre le Brésilien Souza et l’Argentin Mayer (6h42). A tel point qu’on en a oublié la défection de Federer et Wawrinka, tenants du titre avec la Suisse. Quoi qu’on en dise, le Saladier d’Argent ne se porte pas si mal…
Avec les refus conjugués de Roger Federer et Stan Wawrinka de défendre les couleurs de leur pays lors du premier tour 2015 de la Coupe Davis face à la Belgique, les deux stars helvètes ont porté un sale coup à la plus prestigieuse des épreuves par équipe. Les tenants du titre, forts du devoir accompli après leur succès historique à Lille en novembre dernier face à la France, ont cette fois privilégié leur destin personnel, et en ce qui concerne Federer, son compte en banque, puisqu’il disputera ce mardi une exhibition au Madison Square Garden de New York face à Grigor Dimitrov. Ironie de l’histoire, ce rendez-vous est parrainé par la BNP Paribas, le partenaire principal de… la Coupe Davis.
L’absence du duo suisse, tout comme celle de Tomas Berdych avec les Tchèques, a relancé le débat sur le format et la place de cette épreuve dans le calendrier et de son éventuelle réforme. C’est faire beaucoup d’honneur aux absents car, par ailleurs, avec Novak Djokovic, Andy Murray, Milos Raonic ou Kei Nishikori, d’autres membres du top 10 n’ont pas chômé pour défendre les couleurs de leur pays. Et surtout, on a assisté à trois jours absolument dingues, à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de la Coupe Davis, tant il s’est passé de choses sur presque toutes les rencontres. Preuve qu’avec des joueurs moins bien classés, le tennis peut être tout aussi passionnant à suivre. Preuve une fois encore de la force et des particularismes de cette épreuve et des belles histoires qu’elle nous propose.
Ainsi, même s’il n’a tout de même pas pu à lui tout seul empêcher la faillite de la Suisse en Belgique, la première pour un tenant du titre depuis 2005, Henri Laaksonen, 344e mondial, a battu Ruben Bemelmans (132e) et Steve Darcis (102e), les deux fois en cinq sets, passant près de dix heures sur le court. Ce joueur de 22 ans, habitué des tournois Future, n’aurait jamais pu réussir pareille performance sur le circuit.
Et que dire du succès de James Ward (111e mondial) sur John Isner (20e) dans un thriller en cinq chapitres qui a tenu la Grande-Bretagne en haleine pendant 4h56. Ward a sauvé cinq balles de match avant de venir à bout du géant américain, 15-13 ! Ce point a changé le destin de cette rencontre, finalement remportée par les « Grands-Bretons » dans une ambiance de dingue. Qui aurait pu prédire que Murray et les siens battraient les USA deux années de suite ?Gilles Simon, lui, n’est pas prêt d’oublier les 4h24 de son combat, vendredi, face à un Jan-Lennart Struff chaud bouillant. Jamais vraiment à son avantage avec le maillot bleu sur les épaules (huit défaites en neuf matches à enjeu), le meilleur joueur français du moment a remporté une victoire qui va sans doute peser dans sa carrière.
Après Isner, parlons de Mahut. L’Angevin a touché du doigt l’un de ses rêves en devenant enfin un joueur de Coupe Davis. A 33 ans, c’est magnifique ! Et tout s’est formidablement déroulé avec cette victoire en double, aux côtés de son pote Julien Benneteau, scellant la qualification de la France pour les quarts de finale.
Vous en voulez encore de l’épique, du beau ? Que dire de la victoire du Kazakstan contre l’Italie, remportée au cinquième set du cinquième match par Aleksandr Nedovyesov, 130e mondial, contre un Fabio Fognini tel qu’en lui-même, oscillant entre le génial et le pathétique ? Et la jeunesse australienne, forte de Bernard Tomic (photo) et Thanasi Kokkinakis, qui a éliminé les Tchèques chez eux, ce n’est pas un phénomène intéressant à suivre ? Ce succès « Aussie », conjugué aux défaites des Suisses et des Italiens, a d’ailleurs laissé la France seule en piste parmi les quatre demi-finalistes de la saison passée.
Et je vous ai gardé le meilleur pour la fin : ce Joao Souza-Leonardo Mayer, quatrième match du derby Argentine-Brésil. Sur la terre battue de Buenos Aires, les deux hommes ont livré une bataille de chiffonniers d’une durée de 6h42, ce qui constitue désormais le deuxième match le plus long en temps de l’histoire de tennis, loin des 11h05 de Mahut-Isner certes, mais dépassant de neuf minutes le Santoro-Clément de Roland-Garros 2004. Un match qui a permis à l’Argentine, grâce à la victoire de Mayer à sa… onzième balle de match, de revenir à 2-2. Et aux deux acteurs, pourtant des seconds couteaux du circuit, d’entrer dans la légende de leur sport. C’est aussi ça, la Coupe Davis !
