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| Yacine Brahimi (Porto) heureux en Ligue des champions |
Adversaire du Sporting ce dimanche en championnat, le FC Porto est présenté ces dernières années comme LA référence du football portugais. La prise de pouvoir du Dragon n’en fait pas pour autant un modèle idéal.
Sa gestion, certaines de ses prises de position, souvent opposées à celles des Lions, posent question. Et si le FCP n’aidait pas le foot portugais ?
Les chiffres sont impressionnants. Et révélateurs de sa domination au niveau national. Sur les douze dernières saisons, le FC Porto a remporté 9 Ligas, 5 Coupes, 9 Supercoupes du Portugal. Ajoutez-y deux C3 et une Ligue des champions. Les Dragons survolent le foot portugais. Sur la dernière douzaine, ils comptent dix présences en C1, soit plus que leurs rivaux du Benfica (8) et du Sporting (3). En 88 rencontres, son taux de succès dans l’épreuve reine (43%) est bien supérieur à celui des Lisboètes (Benfica : 36%, Sporting : 35%). Le FCP s’est toujours qualifié pour l’Europe depuis 1973-1974 ! Les portistes aiment rappeler que depuis la Révolution des Œillets, leur club est, avec 58 titres, le plus titré du Vieux Continent. Une réussite qui fait grincer des dents ses concurrents mais qui inquiète aussi certains de ses sympathisants. Cette machine à gagner peine à balayer un certaines inquiétudes.
Où sont les Portugais ?
Lundi dernier, face au Boavista (2-0), Julen Lopetegui a aligné quatre Portugais (Ricardo, Ruben Neves, Quaresma, Hernani) dans son onze. Une première sous son ère. Il fallait remonter à avril 2014 (3-1, à Braga) pour trouver semblable performance. Car, oui, il s’agit là d’une perf. Lorsqu’il a débarqué au Dragon, l’Espagnol a fait signer pas mal de jeunes talents venus de l’étranger. Porto est, cette saison, l’équipe qui a aligné le plus petit nombre de joueurs sélectionnables pour son pays : 6 (toutes compétitions confondues). Le Sporting tourne à 16 et le Benfica à 11. Depuis 2010, Porto est le grand qui a le moins fourni d’éléments à la Seleção, en phases finales (5, contre 6 pour le Benfica et 7 pour le Sporting). Et si les règlements de la Ligue imposent un minimum de joueurs formés localement (10 sur les 18 de la feuille de match), le FCP se contente du minimum (un ratio de 0,51 joueur portugais utilisé, contre 0,60 pour le Sporting et 0,68 pour le Benfica).
Un joueur formé localement n’est pas nécessairement portugais (il doit avoir été inscrit à la FPF au moins trois ans entre ses 15 et 21 ans). Et les clubs portugais l’ont vite saisi. Ils recrutent ailleurs, de plus en plus jeune. Des pratiques parfois à la limite de la légalité. Selon le Expresso, le Service des étrangers aux frontières (SEF) estimerait à plus de 1000 le nombre de jeunes footballeurs provenant du Brésil et d’Afrique. Sur les 104 clubs examinés, plus de 200 ne seraient pas en règle. Le Correio da Manhã affirme que Chidozie Awaziem a été contrôlé, il y a quelques jours, par le SEF à son retour de Madrid, après son match de Youth League remporté contre le Real avec… Porto. Il a été autorisé à rentrer dans la cité invicta mais devrait bientôt être convoqué par les autorités…
Une économie dépendante
Contrairement au Sporting - premier club formateur du Portugal encore cette année selon l’Observatoire du football - Porto ne mise pas sur son Academia pour prospérer. Si Luis Filipe Vieira a annoncé un Benfica "made in Benfica" dans les prochaines années, Pinto da Costa n’a rien promis. Le patron des bleus s’est engagé dans d’autres batailles. Afin de préserver sa principale source de recettes (la vente de joueurs), il espère que l’interdiction des fonds d’investissements sera levée. Un point sur lequel il est clairement opposé à son homologue sportinguiste Bruno de Carvalho qui, ce jeudi, a annoncé avoir racheté (pour 12,65 millions d’euros) les droits de 13 de ses joueurs jusqu’ici détenus par une TPO (tierce propriété).
Bleu, vert ou rouges partagent une même préoccupation : tenter d’endiguer le creusement de leur passif. Et c’est loin d’être gagné. Le Benfica n’est plus très loin des 450 millions d’euros, le Sporting des 270, tout comme Porto. Le FCP a contracté plusieurs emprunts et ses sources de revenus sont moins diversifiées que celles de ses rivaux. Sur le premier trimestre de 2014-2015, le FC Porto, vampire du foot portugais de la dernière quinzaine, reste derrière le Benfica sur les droits télé (le Sporting aussi le devance) ou le sponsoring. Sa moyenne de spectateurs est inférieure à celle de ses opposants de la capitale. Il est le premier, en revanche, concernant les recettes découlant des performances européennes et du "corporate" (loges, partenaires…). Le Dragon qui aime se présenter comme populaire s’embourgeoiserait-il ? En apparence, du moins. Car il garde quelques vieux réflexes…
Un discours mais pas de dialogue
Ces derniers jours ont été marqués par les échanges tendus que se sont livrés les dirigeants du Benfica et du Sporting. Un divorce diplomatique auquel Pinto da Costa a dû assister, le sourire en coin. PdC est un habitué de l’exercice. Un adepte des piques verbales et autres paroles acides. Ne comptez pas sur l’un des trois grands pour se comporter différemment. Les petites guéguerres clubistiques sont bien trop vendeuses, bien trop exploitables pour trouver le coupable de telle ou telle défaite passée ou à venir. Ce jeudi, le boss de Porto s’est attaqué à son tour à l’arbitrage :"Presque tous sans exception reconnaissent que cette année l'arbitrage va décider du vainqueur de la Coupe de la Ligue." Le 2 avril, le FCP - au mieux deux fois finaliste - affronte le Marítimo pour une place en finale face au Benfica, qui l’a remporté à cinq reprises.
Jorge Nuno Pinto da Costa aime s’ériger comme le leader d’un club mal-aimé, rejeté par les instances. Une sorte d’institution antisystème qui manie pourtant les rouages du "sistema" avec brio et malice (certains diront même du vice). Il a été cité dans le scandale du Sifflet Doré de 2004, avant d’être "lavé" dix ans plus tard. Ses rivaux - comme le Benfica cette semaine - ne manquent pas de lui rappeler ses histoires pas très claires. PdC s’en amuse et poursuit son combat. Sa dernière cible est Fernando Gomes, l’actuel président de la fédé et ancien dirigeant du… FC Porto.
Il lui reproche de "collaborer avec M.Platini qui a pour principale obsession de mettre fin aux fonds qui ont été partenaires du succès international des clubs portugais." Du coup, PdC ne soutient pas la candidature de Figo pour la FIFA : "Les clubs n’ont pas été consultés. J’en ai pris connaissance dans la presse." Il a trouvé "inélégante" la présence de Blatter au gala du centenaire de la FPF et "ne peut avoir du respect" envers cette dernière qui "a demandé au FC Porto l’adresse de sept de ses athlètes et entraîneurs pour les inviter mais dont aucun n’est malheureusement encore vivant"… Le dialogue semble, une fois encore, rompu. Mais tout n’est peut-être pas perdu. Un nom revient insistance pour la prochaine présidence de la Ligue : Pedro Proença. L’arbitre-star qui vient de stopper sa carrière semble avoir le soutien de Porto et… du Sporting. Entre autres. Pourvu que le soufflet (et le sifflet) ne retombe(nt) pas…


